« La confiance, moteur de l’innovation »

Les salariés doivent s’approprier le changement grâce à la confiance que l’entreprise leur porte. Le colloque, organisé par la fondation Lecerf de l’Académie des sciences morales et politiques, a été l’occasion de remettre en avril dernier le prix Olivier Lecerf à Vineet Nayar, vice-président et directeur général de HCL Technologies Ltd, un des leaders mondiaux dans le secteur des technologies. Son ouvrage « Les employés d’abord, les clients ensuite » a connu un succès international.

« Quand on fait confiance aux gens, ils ont une capacité à se dépasser », commence Bertrand Collomb, président de l’Académie des Sciences morales et politiques. L’Académie prône le management humaniste, de « Care », fondé sur la performance et l’innovation. Alors comment de nos jours organiser l’entreprise pour qu’elle réponde à cette philosophie ? Est-ce que cela marche réellement ?

La « Créative attitude » chez Auchan

Pour Vianney Mulliez, président du groupe Auchan, « avant une crise financière, nous assistons à une crise de confiance généralisée ». Il ajoute : « Les écarts se creusent entre les pays émergents et notre vieille Europe. Les hommes n’ont plus confiance en leur avenir et en leur créativité. Nous avons mis en place au sein de notre groupe une démarche de « Créative Attitude » basée sur la confiance interpersonnelle et la sécurité, l’assurance, la confiance sociale. Elle illustre un état d’esprit de l’entreprise. »

La confiance suppose un acte de volonté de l’entreprise pour que les salariés aient l’assurance d’être soutenus dans ce qu’ils font. Il s’agit d’un pari sur l’autre. Le président argumente : « Nous, dirigeants, nous devons co-construire une vision avec nos équipes. Nous devons écouter plus qu’imposer. Nous devons protéger, prendre soin sans pour autant infantiliser nos collaborateurs. Nos valeurs pour encourager la prise d’initiative, ou de risque, pour engendrer de l’innovation sont : confiance – progrès – partage. Dans un souci de cohérence et d’alignement stratégique, nous avons commencé par mettre en place un appel à projets auprès de l’ensemble des collaborateurs de la zone euro. La sélection ne s’est pas faite sur la connaissance de l’anglais ou sur la position hiérarchique mais sur l’envie de créer. Nous avons retenu les projets qui étaient les plus en phase et en lien avec la stratégie du groupe. Nous attendions une centaine de dossiers et nous en avons reçus 1 000, très divers et portés par des différents profils. La plupart des dossiers portaient sur l’amélioration des métiers. Nous avons révélé ainsi des talents insoupçonnés par la simple considération. L’innovation est rebelle car elle sort du cadre. Nous avons organisé des échanges sur plusieurs jours afin de capitaliser sur les projets présentés et de permettre leur appropriation par les business units. Des couveuses ont été développées. Plusieurs innovations ont ainsi vu le jour grâce aux intra preneurs. A été mis en place, par exemple, un système de production d’énergie captée à partir des véhicules stationnés sur les parkings des magasins Auchan. 26 projets sont en cours de déploiement et 97 en cours de montage. »

Pour  favoriser un tel engagement, il faut redonner la main aux collaborateurs et déléguer la prise de décision au plus bas niveau de l’entreprise. Les managers doivent reprendre leur place d’entraîneur d’une équipe qui gagne et avoir la capacité de reconnaître les gens pour ce qu’ils sont, tout en les encourageant.

HCL Technologies Ltd : une capacité d’entraînement hors du commun

Cette année, le prix Olivier Lecerf est donc revenu à Vineet Nayar , vice-président et directeur général de HCL Technologies Ltd, un des leaders mondiaux dans le secteur des technologies dont l’ouvrage montre la nécessité de se transformer. Plusieurs leçons tirées de l’ouvrage ont été citées lors du colloque : « Il ne suffit pas de formuler le point d’arrivée, il faut préciser le point de départ ; On ne connaît pas une entreprise si on ne connaît ses produits ; Nul ne peut conduire une transformation sans se remettre en cause ; Des solutions à des problèmes passent parfois par des solutions inattendues… « 

Dès son arrivée dans l’entreprise, Vineet Nayar a fait le tour des équipes et interrogé tous les salariés sans exception. 90% d’entre eux pensaient que  la stratégie de l’entreprise était bonne mais ne réussirait jamais parce que la direction n’avait pas les moyens de la mettre en place. Difficile dans ces conditions de motiver ses collaborateurs ! Pour le directeur général indien, « la confiance est le ciment de l’innovation ». Il explique : « L ‘innovation perturbatrice, dérangeante, est la plus pérenne. Il n’y a pas de ROI à court-terme mais sur la durée. Beaucoup de managers ne veulent pas d’innovation de rupture. En France, les managers sont pressés. On cherche de l’innovation rapide, façon fast-food. Il y a par conséquent de moins en moins de visionnaires pour une croissance pérenne de l’entreprise. » Vineet Nayar aborde deux éléments constitutifs de la confiance : l’intention, qui doit être honnête, et la transparence en matière de communication. Ainsi, il faut être transparent sur les réussites mais également sur les failles de l’entreprise, ses problèmes.

Vineet Nayar conclut : « L’entreprise a besoin de personnes qui veulent régler des problèmes et ainsi trouver un sens à leur vie. Ils vont trouver la force intérieure. Il faut que les salariés s’approprient de plus en plus le changement. Lorsqu’une économie est perturbée c’est une opportunité pour aller de l’avant et devenir plus intelligent que les autres. La plupart des gens qui ont des idées pensent qu’elles leur appartiennent et font ensuite participer les autres. Mais c’est déjà trop tard. Si vous voulez développer l’entreprise, il faut développer la confiance que vous avez dans les autres. Toute idée meurt une fois que vous l’avez exprimée. Il faut donc la réinventer, sinon on périt aussi.  Il faut toujours pousser ses limites. Notre politique est de mettre en œuvre des processus de plus en plus innovants afin de promouvoir les collaborateurs en fonction de la valeur qu’ils ont créée. »

Christel Lambolez

Une réponse à « La confiance, moteur de l’innovation »

Laisser un commentaire

[ad code=4 align=center]