La fonction RH doit innover pour survivre !

Un entretien avec Pascal Picq, paléoanthropologue au Collège de France et expert de l’APM (Association progrès du management), dont le récent ouvrage Un paléoanthropologue dans l’entreprise.S’adapter et innover pour survivre questionne sur notre modèle. Il analyse, sous le prisme des grands mécanismes de l’évolution, la position des entreprises françaises qui doivent s’adapter à la mondialisation et aux nouveaux enjeux en termes d’innovation et de gestion des talents.

Comment nos entreprises peuvent-elles aujourd’hui s’adapter à l’évolution des marchés ?

Dans mon livre, j’expose que les entreprises sont dans le triangle des adaptations dont les trois sommets sont adaptatif, historique et structural. Les jeunes entreprises s’adaptent facilement aux exigences du marché. En effet, plus les entreprises sont anciennes, plus elles manqueront de souplesse pour faire face à la concurrence. Elles auront alors tendance à développer de nouvelles structures pour évoluer. Le concept du triangle des adaptations permet de visionner plus facilement les difficultés rencontrées par les entreprises en fonction de leur position dans le triangle. Cet aspect à la fois structurel et historique, que l’on retrouve chez toutes les espèces, n’est pas assez bien compris à la fois comme contraintes et source d’innovation. Des méthodes managériales innovantes peuvent se heurter à des facteurs internes chargés d’histoire. S’adapter, ce n’est pas forcément faire quelque chose de nouveau, c’est modifier les facteurs internes en fonction des facteurs externes.

Le modèle français est selon vous trop lamarckien. Pouvez-vous étayer vos propos et nous expliquer comment impulser un esprit darwinien qui favorise la créativité ?

La France a été marquée par Lamarck qui a montré la capacité des espèces à s’adapter et à évoluer. Cela a des conséquences sur notre façon de penser, le changement comme linéaire et progressif. Nous sommes dans un pays verticalisé, dans lequel nous ne nous remettons pas en cause. Ainsi, si on suit une lignée évolutive, par secteur, il y a un succès au bout du chemin, comme si c’était une loi inéluctable. Dans notre modèle unique, universel, on travaille pour gravir les échelons, et le plus haut possible dans la structure qui, elle, n’est jamais remise en cause.

La crise que nous traversons est très révélatrice de notre façon de voir : le monde ne va pas mais le modèle reste bon ! Nous continuons à produire des élites avec les mêmes façons de penser. Nous rejetons le changement et sommes un des rares pays à avoir autant de préoccupations sur des inégalités sans les résoudre. Les discours sur la parité homme-femme sont par exemple dépassés dans les autres pays occidentaux.

Darwin a expliqué les processus de transformation au moyen de la sélection naturelle. Il faut de la diversité pour que les mécanismes de sélection et d’adaptation, et donc d’évolution, se mettent en place. Nous avons par conséquent besoin de la diversité pour nous dépasser et générer de la richesse. Nous croyons en France pouvoir avoir la maîtrise sur tout et nous nous protégeons dans une forteresse nombriliste. C’est pourquoi, la mondialisation fait peur à notre société alors qu’elle apparaît comme une opportunité dans d’autres pays. En France, on craint la concurrence. Or, il s’établit une dynamique sur le marché et, si un concurrent disparaît, il en apparaîtra un autre qu’on ne connaîtra pas, et certainement encore plus performant. Les évolutionnistes appellent cela la course de la Reine rouge.

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