« Les décisions absurdes » en entreprise

L’ouvrage de Christian Morel a été primé Stylo d’or de l’année 2012. Il remet en question certains mécanismes dans le fonctionnement des entreprises et préconise des règles pour prendre des décisions éclairées.

Comment éviter l’inévitable quand les organisations sont engagées dans unsystème qui les conduit à prendre des décisions absurdes ? Dans son ouvrage « Les décisions absurdes II, Comment les éviter », Christian Morel enquête afin d’identifier et d’analyser les métarègles qui mènent à des décisions éclairées. L’auteur s’intéresse à une culture de la fiabilité et prend pour exemples plusieurs industries, et plus particulièrement le secteur de l’aéronautique avec sa vision globale en matière de sécurité. Il explique pourquoi certaines procédures ont engendré des prises de décision dangereuses voire mortelles. Il insiste sur le fait que le commandant n’est plus le seul maître à bord et qu’il faut développer le travail en équipe dans le cockpit au risque de causer des accidents graves. Il démontre que, par le passé, le copilote n’osait pas remettre en question les décisions prises par le commandant afin de rectifier les erreurs. Il étaye son analyse avec plusieurs exemples et préconise de donner un rôle plus actif au pilote qui n’est pas en fonction, « par exemple en lui demandant d’anticiper et de confirmer à haute voix les actions du pilote en fonction ». Il s’agit d’une action de monitoring. Il ne faut pas de pression hiérarchique dans le cockpit mais de la collégialité ! Il illustre ses propos avec la série de crashs chez Korean Air jusque dans les années 1990.

 Les solutions

Surtout ne pas cacher ! Comme pour l’éducation des enfants, « l’objectif de la non-punition des erreurs est d’inciter les acteurs à ne pas cacher, par peur des sanctions, des informations déterminantes pour éviter la reproduction des erreurs. » Une politique inaugurée dans l’aéronautique après l’accident du vol TWA 514 du 1er décembre 1974 qui a provoqué la mort de tous les passagers et membres de l’équipage à cause « d’un malentendu dans la formulation » ! Il faut également mettre en place des formations relatives à la psychologie et à la sociologie. L’auteur pense qu’il est essentiel de donner une capacité d’analyse et de compréhension des facteurs humains de la décision. La flexibilité favorise également la fiabilité. Christian Morel insiste sur le fait que le monde est indéterminé, qu’il faut admettre cette indétermination et « utiliser des règles imparfaites mais simples pour la dompter ». Je cite : « Les cas d’atterrissage par mauvais temps nous permettent de mieux comprendre les effets négatifs d’une croyance excessive dans la rationalité substantielle (on peut vaincre l’indétermination par la science, c’est-à-dire par la connaissance analytique et déductive) et la nécessité de se tourner vers une rationalité procédurale

En bref, un bouquin qui nous permet de relativiser pour s’adapter aux situations inopinées sans rester cloisonné dans des prises de décision contraintes et hiérarchisées.

Christel Lambolez

« Les décisions absurdes II, Comment les éviter » de Christian Morel aux Éditions Gallimard.

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