Baromètre des TPE : une situation économique qui reste précaire sans reprise des embauches

Le Baromètre des TPE Fiducial-IFOP pour Sud Radio et Public Sénat, l’enquête de conjoncture trimestrielle réalisée auprès des Très Petites Entreprises, montre un constat clair : ça ne va pas mieux du tout pour les TPE, qui ne connaissent aucun signe de reprise économique. La loi El Khomri est incomprise par les patrons.

 

A un an de la présidentielle, François Hollande et son gouvernement sont désavoués. Alain Juppé et Emmanuel Macron affichent leur potentiel dans les intentions de vote, se révélant les seuls candidats aptes à freiner le vote Front national.

 

Les petites entreprises, les laissées pour compte de la faible reprise française

 

Après une fin d’année 2015 particulièrement critique pour les TPE, l’indicateur de situation financière* remonte légèrement, de +3 points, mais reste solidement négatif à -18 (qui constitue le taux moyen de 2015). Les chefs d’entreprise n’entrevoient pas d’éclaircie. Au contraire, ils sont de plus en plus nombreux à être pessimistes sur le climat général des affaires en France (81 %, avec un bond de +10 points en 9 mois) et à juger la situation financière de leur entreprise préoccupante (34 % en augmentation de +8 points depuis octobre 2015).

Alors que la création nette d’emplois** s’effondrait à -3,5 sur la période octobre-décembre 2015, cette dernière n’est toujours pas à l’équilibre (-0,5). Si le secteur de l’industrie s’en sort mieux (+2), celui des services aux entreprises connaît des difficultés persistantes (-2).

 

Incompréhension et scepticisme : les maîtres-mots de la loi El Khomri 

Le projet de loi El Khomri pâtit en premier lieu d’un manque de visibilité sur son contenu. 71% des dirigeants de TPE déclarent mal le connaître dont 29 % « très mal ».

A la question, pouvez-vous citer une mesure qui vous plait ou déplait dans le projet de loi, on obtient :

 

–       En positif, seules trois mesures émergent à plus de 2 % : l’autorisation du licenciement économique sur la base des difficultés uniquement en France (12 %), le plafonnement des indemnités prud’homales (8 %) et la facilitation des licenciements (4 %). On observe que 29 % des interviewés estiment que le projet ne contient aucune bonne mesure.

–       En négatif, la surtaxation des CDD est la mesure la plus décriée (11 %). Viennent ensuite l’autorisation du licenciement économique seulement en fonction des problèmes rencontrés en France (7 %) et la modulation du temps de travail (5 %).

 

Le jugement sur la capacité de la future loi à réduire le chômage est mitigé, 37 % des patrons (46 % pour le secteur des services aux entreprises) pensent qu’elle va permettre de créer de l’emploi et 31 % qu’elle va inciter les petites entreprises comme la leur à embaucher. Dans le même temps, 53 % estiment qu’elle va accroître la précarité des salariés.

 

La taxation des CDD, un contre sens économique

Les CDD représentent 50 % des embauches au 1er trimestre 2016 dans les TPE. Le recours aux CDD de plus d’un mois (41 % des contrats) est avant tout motivé par un surcroît temporaire d’activité (66 %) et, pour près de la moitié d’entre eux (46 %), par le souhait de s’assurer que le poste est économiquement viable. Un tiers des patrons (33 %) utilise ce contrat pour le remplacement d’un salarié absent et/ou pour tester les compétences du salarié (31 %).

Jean-Marc Jaumouillé, Directeur des techniques professionnelles de Fiducial, explique « Les CDD représentent plus de la moitié des embauches des TPE. Alors pourquoi leur imposer des charges supplémentaires, quand de nombreux CDD se transforment en CDI après qu’elles aient pu apprécier la viabilité du poste et la compétence de leur salarié ? Elles ont besoin de passer par cette étape pour ne pas mettre en péril leur pérennité. Une TPE de 3 personnes (l’effectif moyen en France) qui embauche une personne supplémentaire augmente son effectif d’un tiers. Pour couvrir l’embauche, son chiffre d’affaires doit croître d’environ 20 % (comparés au +1,5 % de croissance de notre pays). Il faut vraiment avoir foi en l’avenir pour prendre ce risque. Surtaxer les CDD, c’est réduire le nombre de CDD, c’est aussi réduire l’embauche ».

Un Président sortant au bilan jugé calamiteux

Le résultat sonne comme un aveu d’impuissance : pour 92 % des petits patrons, François Hollande n’a pas tenu les engagements qu’il avait pris durant la campagne électorale. Ils sont aussi nombreux (92 %) à se déclarer mécontents de son action. En conséquence, 88 % des dirigeants ne souhaitent pas sa candidature pour 2017. François Hollande entraîne dans son désaveu son gouvernement, dont la cote de confiance s’effondre à 15 % d’opinions favorables.

Les avis les plus positifs, bien que minoritaires, sur l’action du Président concernent sa gestion de la politique étrangère (44 %), de l’environnement (43 %) et la lutte contre l’insécurité (42 %). Les avis les plus négatifs portent sur sa capacité à résoudre les sujets économiques et sociaux, ceux qui concernent le plus les petits patrons. Ils sont 14 % à porter un jugement positif sur le dossier des retraites, la fiscalité et les inégalités sociales et 9 % sur le pouvoir d’achat. L’emploi arrive en queue de peloton (7 %).

 

2017 : les candidatures d’Alain Juppé et d’Emmanuel Macron plébiscitées

 

12 % des patrons de TPE ont l’intention de participer à la Primaire des Républicains. Alain Juppé arriverait en tête au premier tour avec 40 % des suffrages. Ce résultat est identique au trimestre dernier. Alors que François Fillon prend la deuxième place (21 %) et gagne 10 points, Nicolas Sarkozy s’effondre (-18 points) avec 17 % des intentions de vote. Viennent ensuite Bruno Lemaire (10 %), Nadine Morano (6 %) et Nathalie Kosciusko-Morizet (4 %).

A gauche, Emmanuel Macron écrase la concurrence (50 %) et creuse l’écart (+6 points) très loin devant Manuel Valls (12 %) et les représentants de l’aile gauche du PS : 7 % pour Martine Aubry, 4 % pour Benoit Hamon et Arnaud Montebourg. François Hollande obtiendrait 6 % des suffrages.

Les intentions de vote des dirigeants de très petites entreprises à l’élection présidentielle de 2017 varient très significativement selon les hypothèses de candidatures retenues. Si François Hollande se présentait au premier tour de la prochaine élection présidentielle, le candidat de droite, quel qu’il soit, arriverait en tête au premier tour devant Marine Le Pen dans le vote des patrons de TPE. Le meilleur score serait obtenu par Alain Juppé, puis par Bruno Le Maire.

Nicolas Sarkozy n’emporte vraiment plus l’adhésion des entrepreneurs. Il perdrait même dans une élection l’opposant à Emmanuel Macron. Alain Juppé et Emmanuel Macron sont à ce jour les seuls candidats qui reprennent des voix au parti frontiste.

Méthodologie de l’Etude

Échantillon de 1 002 dirigeants de TPE de 0 à 19 salariés (hors auto-entrepreneurs), raisonné sur les critères secteur d’activité de l’entreprise, taille de l’entreprise, région d’implantation de l’entreprise et interrogé par téléphone du 11au 26 avril 2016. Des résultats nationaux représentatifs : redressement selon les données INSEE pour la meilleure représentativité de cette composante du tissu économique français.

 

 

 

 

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