Stress au travail : seuls 15 % des salariés pourraient en parler à leur manager

Plus de la moitié des Français subit un stress régulier au travail
>>> Les risques psychosociaux persistent et s’accentuent dans les entreprises avec la crise du Covid-19

  • 55 % des Français ressentent du stress chaque semaine au travail (62 % dans le monde). Ils sont néanmoins moins stressés que leurs voisins européens ;
  • Les Allemands sont les plus stressés au travail (76 % disent ressentir un stress chaque semaine), suivis par les Suisses (68 %), les Anglais et les Italiens (68 %) ;
  • Les secteurs engendrant le plus de stress en France sont ceux de l’immobilier (68 % des salariés se disent stressés au moins une fois par semaine), des médias et de la construction (67 % dans les deux cas) ;
  • À peine 15 % des salariés se sentent assez en confiance pour parler à leur manager d’un problème de mal-être et seuls 9 % sont prêts à en informer les RH.

La stigmatisation entourant la question du stress au travail persiste dans de nombreuses entreprises en France et à travers le monde, selon l’étude « Workforce View 2020 », menée par le ADP Research Institute, et qui a interrogé plus de 32 400 salariés dont 1 916 Français.

Les résultats de l’étude mettent en lumière les difficultés que rencontrent les salariés pour parler de leur mal-être au travail. En France notamment, 29 % pourraient en discuter avec des amis ou des collègues proches. Seuls 15 % des répondants déclarent qu’ils oseraient évoquer un problème de santé ou une préoccupation liée à leur bien-être avec leur responsable hiérarchique ou leur manager, et à peine 9 % à en informer les RH. A noter qu’ils sont un quart à ne pas se sentir suffisamment à l’aise pour l’évoquer dans un cadre professionnel. Ces résultats semblent indiquer que de nombreuses organisations n’ont pas mis en place un environnement ou des outils adaptés pour libérer la parole de leurs salariés et leur permettre de bénéficier d’un accompagnement adapté pour faire face aux enjeux du bien-être au travail.

L’étude montre par ailleurs que les jeunes générations seraient apparemment plus à l’aise que leurs aînés à l’idée d’évoquer leurs difficultés. Parmi les personnes âgées de 18 à 34 ans en Europe, 82 % se disent prêtes à soulever un problème de bien-être au travail s’il se présentait, contre 69 % des plus de 55 ans.

La COVID-19 et les craintes qu’elle engendre : forts vecteurs de stress

Les efforts actuels pour contenir la pandémie du Coronavirus dans de nombreux pays risquent d’aggraver les problèmes de stress constatés dans l’étude. En effet, les inquiétudes des salariés concernant la sécurité de leur emploi s’accroissent, et certains d’entre eux souffrent d’une surcharge de travail et d’un manque de moyens. Facteur aggravant, le stress sur le lieu de travail est un problème récurrent, notamment en Europe. Près de deux tiers des salariés (66 %) se sentent stressés au travail au moins une fois par semaine ; alors que seulement un sur dix (10 %) affirme ne jamais l’être.

Des Français moins stressés que les autres européens

Les campagnes de sensibilisation et de lutte contre les risques psychosociaux ont gagné du terrain dans plusieurs pays ces dernières années. Néanmoins, ce sujet reste tabou dans d’autres.
Les travailleurs d’Amérique du Nord sont les plus susceptibles de se sentir stressés régulièrement (67 % aux USA et 69 % au Canada), et si les travailleurs d’Asie-Pacifique font part de la plus faible incidence de stress parmi toutes les régions étudiées, il n’en reste pas moins que 60 % d’entre eux sont stressés chaque semaine (voir le tableau ci-dessous).
Mais les variations sont encore plus importantes entre les différents pays européens. 76 % des Allemands, 68 % des Anglais et des Italiens, et même jusqu’à 7 Suisses sur 10 se sentent stressés au moins une fois par semaine, contre 55 % des Français.

Des travailleurs plus stressés dans le secteur des médias et de l’information

La question du stress des travailleurs dans le monde est plus importante dans les secteurs qui connaissent actuellement les disruptions les plus rapides. 7 salariés sur 10 travaillant dans le secteur des médias et de l’information se sentent stressées au moins une fois par semaine, opinion partagée par 69 % de ceux évoluant dans les secteurs de l’informatique et des télécommunications. A l’opposé, 22 % des sondés travaillant dans les services aux professionnels disent ne jamais être stressés.

Carlos Fontelas De Carvalho, président d’ADP en France et en Suisse déclare : « Malgré plusieurs tentatives d’employeurs de s’attaquer à ces tabous, il reste encore beaucoup de chemin à parcourir avant d’avoir des conversations ouvertes sur le sujet. Echanger sur sa santé au travail demeure en effet difficile, soit par crainte que cela ne nuise à sa carrière, soit en raison de sensibilités culturelles. Les équipes RH ont un rôle majeur à jouer pour lever les obstacles afin que les salariés se sentent suffisamment soutenus pour oser parler de leurs problèmes.
Sensibiliser les entreprises à ce problème en interne, mettre en place des politiques pour les gérer et expliquer aux collaborateurs comment obtenir de l’aide, sont quelques-uns des moyens grâce auxquels les employeurs peuvent montrer qu’ils prennent la question du bien-être très au sérieux.
L’enquête pourra être renouvelée dans quelques mois pour étudier les effets de la crise du Covid-19 à moyen-terme. Cette situation a déjà intensifié les risques psychosociaux avec des salariés qui ont dû pratiquer le télétravail en continu pendant de longs mois, qui ont pu être mis en activité partielle et ont fait face à des changements rapides et parfois déstabilisants. Les entreprises en France font un travail incroyable pour assurer la sécurité de leurs collaborateurs, mais au-delà des actions pour les protéger de l’épidémie il est essentiel ne pas oublier la sécurité émotionnelle des collaborateurs et développer plus que jamais ses politiques de qualité de vie au travail. »

Laisser un commentaire

[ad code=4 align=center]