Les Français prêts à travailler jusqu’à 59 ans

A l’occasion de la fête du travail, Ipsos dévoile les résultats de son étude annuelle Global Advisor sur le travail et l’emploi. Menée auprès de 28 pays, elle sonde en particulier l’intérêt des salariés pour leur travail au quotidien et la manière dont ils se projettent dans leur fin de carrière. La moyenne mondiale révèle un rapport plutôt positif au travail : pour 92% des salariés, le travail est important et 70% y trouvent un intérêt au quotidien. En France, l’étude met en évidence un paradoxe entre volonté de travailler et employabilité des séniors : si les Français se disent prêts à travailler jusqu’à 59 ans en moyenne (contre 57 ans au niveau mondial), ils ne pensent plus pouvoir trouver d’emploi après 48 ans.

 

Les Français veulent travailler plus tard que la moyenne des salariés dans le monde

Les salariés français ne sont pas plus réfractaires que les autres au fait de travailler à un âge avancé. Bien au contraire. Si on compare leurs réponses à celles des salariés des 27 autres pays interrogés dans l’étude Global Advisor d’Ipsos, nous serions même tentés de dire qu’ils font plutôt partie de ceux qui voudraient continuer à travailler le plus longtemps (jusqu’à 59 ans en moyenne contre 57 ans dans le monde). Les salariés de l’hexagone se projettent même légèrement au-delà de la moyenne des salariés européens (58 ans) et au même niveau que les travailleurs des pays du G7 (59 ans). Et par rapport à nos voisins européens ? Nous sommes très proches des Allemands qui se verraient partir à 60 ans, des Britanniques qui placent la barre à 59 ans (au même niveau que les Français) et au-delà des salariés espagnols et italiens qui souhaiteraient quitter la vie active plus rapidement, à 57 ans en moyenne. Certes, il existe un certain nombre de pays où les salariés se voient travailler bien plus tard : c’est le cas aux Etats-Unis, au Canada et en Suède (66 ans en moyenne) mais aussi aux Pays-Bas (65 ans) ou encore en Corée du Sud (63 ans). En revanche, les salariés chinois placent la limite bien plus bas, à 54 ans en moyenne.

 

Pour les Français, après 48 ans il n’est plus possible de trouver un emploi

S’ils se voient travailler jusqu’à 59 ans en moyenne, en revanche ils estiment qu’11 ans avant, ils ne seront déjà plus considérés comme employables. Les Français ne sont pas les seuls dans ce cas de figure puisque les salariés dans le monde estiment en moyenne qu’ils ne pourront plus trouver de travail à partir de 49 ans. Toutefois, les salariés français sont pour le coup très éloignés de leurs homologues européens et notamment des Allemands qui considèrent qu’ils seront employables jusqu’à 55 ans (7 ans de plus que les Français), des Britanniques et des Suédois (56 ans, 8 ans de plus) ou encore des Néerlandais (58 ans, 10 ans de plus). Comment expliquer ces très forts écarts ?

 

Les salariés français ont beaucoup moins de chance que les autres de pouvoir travailler après 60 ans et ils le savent

Selon un rapport de l’OCDE, si les seniors français n’ont jamais autant travaillé de l’histoire, en revanche leur taux d’emploi est l’un des plus bas. Le travail des seniors en France demeure bien faible en comparaison avec ce qui se passe dans d’autres pays : 31% des 60-64 ans seulement travaillent en France contre 54% en Grande-Bretagne, 58% aux Pays-Bas, 60% en Allemagne et 70% en Suède même. Ce que montre l’enquête, c’est que les salariés et notamment les Français, ont pour beaucoup conscience de l’existence de ce plafond.

 

Une clé d’explication du mouvement d’opposition à la réforme des retraites

Le nombre de chômeurs de plus de 50 ans a été multiplié par trois pour atteindre plus de 916.000 personnes chez Pôle emploi en 2019. Les chances de retrouver un job chutent brutalement après 52 ans. Si le taux de retour à l’emploi est proche des 50% à 50 ans, il n’est plus que de 30% à 58 ans et de 20% à 60 ans.

Etienne Mercier, directeur Opinion Public Affairs chez Ipsos France, explique : « Au-delà de l’ensemble des mesures proposées par le gouvernement et qui ont pu susciter le rejet d’une partie de la population, l’enquête montre aussi et surtout à quel point beaucoup de salariés Français ont probablement eu le sentiment d’être placés face à un paradoxe, une équation impossible à résoudre. On leur demande de travailler plus tard, alors qu’ils savent que, pour la grande majorité d’entre eux, cela leur sera impossible. »

Dans ce contexte, tout projet de réforme ayant pour ambition de faire reculer l’âge de la retraite ne peut que susciter un sentiment d’injustice. Il génère une suspicion très forte de vouloir seulement diminuer les niveaux des retraites puisque cet âge reste encore aujourd’hui très souvent inatteignable.

 
À propos d’Ipsos

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